CHANSONS BRUXELLOISE
T LEEKE BRUSSELER

    Mee Katoon,

Kom mergen noon,

We zullen e pintje drinke',

Mee Katoon,

Kom mergen noon,

We zullen e pitje doon!

(Traduction littérale : « Marie Coton, Viens demain midi. Nous boirons une petite pinte (...).

Overal, overal

Woe dat er maskes zaain (bis)

Overal, overal,

Woe dut er maskes zaain es’t bal.

(Partout, partout, où il y a des filles, il y a bal).

            ou bien:

Waaile zaain

Van Muilebeik, van Muilebeik, Waaile zaain van Muilebeik,

Van de Marolle gie verveit.

(Nous sommes de Molenbeek et n'avons pas peur de la Marolle)

 

L'humour n'était pas sophistiqué :

En raain es pleizant (bis) Raaien op e koesjke zonder weele'

(Rouler est amusant, dans une petite voi­ture sans roues).

Dans les cafés, on entendait des invitations à boire ;

Lot ons nog e potje speile'. Schuppenboor es troof !

(Jouons encore un petit verre, Le valet de pique est atout ')

     ou une invitation à fumer :

Ne gooie cigaar in â mond. En doemei zijt de gezond

(Un bon cigare dans la bouche. Et avec cela tu seras bien portant.)

Et quel que fût le nom de la patronne, on lui chantait :

O Meeke Paaipekop. Geef ma nog e bobantje, Leever e gruut as e Klantje, as er mo geneive! in es.

(O Marie Tête de Pipe. Donne-moi encore une chopine. Plutôt une grande qu'une petite, pourvu qu'il y ait du genièvre dedans).

Il y avait aussi de moins aimables refrains de cabaret :

En nuut van ze leive'

Drinke' waaile van da flotjesbee nemi!

 (Et plus jamais de la vie. Nous autres nous ne boirons plus jamais cette bière de robinet !  « Flotje » signifie exactement « petit sifflet ».)

 

   A un quidam qui avait de la mousse de bière sur les lèvres après avoir bu, on chantait :

Hij hij moustache' Van Ramonache'    Hij hij nem boed  van aaizerdroed!

( il a une moustache de raifort. Il a une barbe de fil de fer. )

Et sans raison, mais avec rime, on scandait en frappant des mains :

Jan z'n breu   dân z'n hei broek vol pap,

Z'n broek vol pap (ter)

En z'n puute zaain slap !

    Citons aussi une des rares chansons de cabaret en français. Les rimes en sont remarqua­bles :

Ensemble sur le boulevard Anspach, Quand on a bu cinq ou six kwaks, On est pleins comme des wallebaks, Et les agents nous fich' au bac !

    Si quelqu'un avait fait quelque chose d’interdit, il y avait toujours un loustic pour chanter et rechanter :

Lup, lup, lup, de gardevil' es doe !        

Cours, cours, cours, le garde-ville est là.

   Pour calmer une femme en colère, on pouvait lui faire des promesses saugrenues :

En as ge waais zaait, kraaigt de sooeuiker op â bruud,Of e kindje-n-op â schuut !

(Et si tu es sage, tu reçois du sucre sur ton pain, - Ou un bébé sur ton giron.)

 

   Au repas de noces, on s'en donnait à cœur joie. Le marié n'échappait jamais à la compas­sion de ses amis :

Ha, Jefke-n-es getrouwd,

Hij zit in de mizeire,

Hij zit in de mizeir, en 't es z'n aaige fout !

(Jefke - ou Jantje, selon le prénom du héros - est marié, Il est dans la misère et c'est sa propre faute.)

   Bien entendu, il y avait des allusions grivoi­ses :

Geif mo beuzze, Gérard, En blaaif zoe ni te drûme'! Zijt-de toch ne kastaar,Ofwel komt-de van Rûme?

Donne du coton, Gérard ! Et ne reste pas ainsi à rêver ! Es-tu tout de même un as ?  Ou bien viens-tu de Rome ?...

   A l'adresse de la mariée :

En vult-de gâ nog niks (bis)Hô lekker dat dat is?(bis)Ho ja!

   Ou encore, dans le même esprit équivoque, les femmes chantaient :

Ik hem e vogelke geplukt in de wâ, Ja in de wâ, Hij es vu ma !                                               

(J'ai « cueilli » un petit oiseau dans la prairie : il est à moi).

   Divers :

Ons Treene, Ons Treene-n-huire man Hut Jan! Vœuil Madam !

(Notre Catherine, son mari s'appelle Jean.Sale Madame.')

 

Komt-de gâ mei no d'helle,Patâte schelle' ?

     (Viens-tu avec, en enfer, peler des pommes de terre ?)

Carabitche heit e kind gekocht, Hij es gebowren in de kaffeipot.

     (Carabitche a acheté un enfant. Il est né dans une cafetière.}

Cinéma Pathei On de Place Wayei, Vefteen cens entrei, Cinéma, cinéma, cinéma Op de place Bara !

Chârelke, Chârelke,

'K hem het â gezeid,

'K hem het â gezeid,

en ik zeg het nog :

Zulke Chârels zaain er nog.

          (Chârelke. je te l'ai dit,et je le dis encore :De tels « Chârels » il y en a beaucoup).

Ien, twie, draa,

Men yoetjes hemme kaa !

De stoof dee kan ni branne

Want de ruuk komt ooit de schaa .'

          (Un. deux, trois.

          Mes petits pieds ont froid

          Le poêle ne brûle plus

          Car la fumée sort de la cheminée.)

Boere leive. dat es plezant !

En e dikke panch.

En e snei van 'l verke...

          (La vie des paysans, c'est amusant. Et un gros boudin, et une tranche de porc...).

Kom,Boerineke. Kupt en kinneke,Op ne vastenoevend

Kom. Boerineke. kupt e kinneke.Met de carnaval !

     (Viens, petite paysanne acheté un bébé. Le mardi-gras au carnaval).

Ze zeggen da Meeke gien tetten en heit.Ze leegen er allemoe oen : 'k Hème ze gezeen. k' hem ze getast. 'k hem ze gevuld. En 'k hem ze loeten stoen.

     (On dit que Meeke n'a pas de seins.On en a menti. Je les ai vus, je les ai tâtés,sentis. Et je les ai laissés là.)

 

      Tiens, tiens, tiens.

          il a des bottes, Bastien .' Jan, schuit m'ne veuschuut neet, Want 'tes de maaine neet !

     (Jean, ne déchire pas mon tablier, Parce que ce n'est pas le mien.).

Ge moet ni graaize omdat

           a leef saldoet moo goen Draa joer es gâ gedoen !

     (tu ne dois pas pleurer parce que ton amant doit  « aller soldat » : trois ans. c'est vite pas­sé .')

   I! y avait cependant aussi quelques chansons charmantes comme celle des « deux matan­tes » :

En ik hèm thoeuis nog twee matantjes,

Ze goen mè mantjes,

Ze goen me manljes op de stroet...

      (J'ai encore chez moi deux petites tantes. El­les marchent avec des jupes à panier).